Les Javanais

Le roman d'une réalité sociale

j.jpgL'histoire de Java, l'existence de Java ressemblent à une parenthèse qui cristallise les espoirs d'un ailleurs plus clément pour les sans-papiers et réalise dans une certaine mesure cet idéal. Car Java est un monde riche d'un langage fait de tous les autres, d'une communication active. La solidarité entre ses habitants s'exprime lors de la grève qui répond à la décision de fermer la mine et permet aux Javanais d’arracher de meilleures conditions de départ. Cette vision du monde est-elle réaliste ? Elle l'est, dans le sens où elle montre les potentialités qui, selon Malaquais, existent chez les opprimés. Elle l'est aussi quand on pense à la période durant laquelle le roman a été conçu : un an après les grandes grèves de France et les actions révolutionnaires des travailleurs d’Espagne. La solidarité dont font preuve les mineurs n'est pas une vue de l'esprit à laquelle Malaquais aurait donné vie l'espace d'un roman ; elle est révélatrice d'une réalité ouvrière vivace à ce moment-là. À cet égard et au-delà de la description des conditions de vie et de travail des mineurs, Les Javanais est aussi pleinement le roman d'une réalité sociale.

Un réalisme poétique

C'est par ailleurs un roman de l'entre-deux. Le récit s'inscrit dans une durée circonscrite, une semaine en l'occurrence, de dimanche à dimanche. Cette semaine suffit à l’un des deux personnages du prologue, Maniek Bryla, pour quitter son pays natal et arriver à Vaugelas alors que la mine est en train de fermer. Java symbolise un ailleurs qu'on atteint sans pouvoir y vivre ni s'installer, un but qu'on n’a de cesse de poursuivre. L'évanescence même du rêve fait partie du réalisme. La quête incessante, sinon d'un paradis sur terre, du moins d'un monde moins mauvais, moins dur à vivre, est entreprise par tous les sans-papiers qui fuient leur pays natal, pour des raisons économiques ou politiques, avec l'espoir chevillé au corps de connaître un sort meilleur. Les Javanais est donc pleinement un roman réaliste qui dépeint la quête incessante d’une autre vie par les apatrides d'hier et d'aujourd'hui.

Narrateur, lecteur et personnages dans le même wagonnet

llm.jpgLe chroniqueur de cette île minière, ou de cette mine insulaire, de ce territoire aussi dessiné et particulier que la République de Montmartre avec ses poulbots, le narrateur lui-même, mêle sa voix à celle des personnages, son idiome au leur.
Ainsi, de la première à la dernière ligne, des dialogues aux descriptions, des narrations aux monologues, le livre entier « cafouille java ». Voici comment est relatée l'ambiance d'un jour à Java : « Caquet de la marmaille, caquet des femmes, java vaja ça va blabla, d'autres onomatopées, ouille youille de la sorcière dorlotant sa peine (p. 188). » C'est un personnage qui se parle ainsi à lui-même, mais le narrateur qui capte sa pensée n'a pas à la traduire pour la transmettre.

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